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Tito Topin, blog-trotteur.

MA MADELEINE...

Madeleine Lebeau naît le 10 juin 1923 à Antony, près de Paris, par un dimanche ensoleillé. Attirée très jeune par le métier de comédienne elle suit les cours René Simon dès l'âge de 16 ans. La mort prématurée de son père et sa relation avec l'acteur de premier plan qu'est Marcel Dalio, de 24 ans son aîné, provoque sa rupture avec sa famille.

Elle n'a pas 17 ans lorsqu'elle interrompt ses études et épouse Marcel Dalio le 30 octobre 1939 à Paris. Lui est le fils d'Isidore Blauschild, maroquinier, et de Sarah Cerf, femme de ménage, tous deux de confession juive.

À peine mariés, en 40, Madeleine et Marcel doivent fuir les lois anti-juives du gouvernement de Pétain. Ils gagnent Biarritz en Delahaye décapotable, dernière folie de l'acteur, qu'ils abandonnent avant de passer en Espagne d'abord, puis au Portugal. À Lisbonne, ils parviennent à acquérir des visas pour le Chili mais lors de l'escale au Mexique ils se révèlent être des faux. La réputation de Dalio et sa qualité de ressortissant français lui permettent d'obtenir des passeports canadiens auprès du consulat de ce pays. Le couple s'installe provisoirement à Montréal avec Hollywood comme point de mire et dès qu'il le peut, s'envole pour Los Angeles.

Dans ses mémoires (Mes années folles. Ed. Ramsay), Dalio décrit Madeleine comme "grande, belle au sourire ravageur, une sorte d'Esther Williams". Personnellement, je ne vois pas le rapport mais ne l'ayant pas connue, je suis moins qualifié que lui pour donner un avis.

Comme toute l'Amérique, Hollywood est friande d'acteurs français à cette époque. La Warner Bros lui signe un contrat. Sous le pseudo à peine perceptible de LeBeau, Madeleine interprète le rôle d’Anna Held dans Gentleman Jim de Raoul Walsh, aux côtés d'Errol Flynn, puis tourne Paris after dark, de Leonid Moguy aux côtés de George Sanders, puis Hold Back the Dawn sur un scénario de Billy Wilder avec Charles Boyer et Olivia de Havilland, mais surtout surtout surtout tourne à 19 ans dans le film de Michael Curtiz, Casablanca, où elle interprète Yvonne, la jolie fille délaissée par Humphrey Bogart, celle qui entonne La Marseillaise devant l'occupant allemand, le visage bouleversé par l'émotion. Ses larmes bien réelles provoquent un irrésistible élan de sympathie dans le public qui contribue largement au succès du film :

* Plan large de la salle. Laszlo est maintenant tourné vers celle-ci où tout le monde, debout, chante La Marseillaise.

* Plan serré sur Yvonne qui, gagnée par les larmes, chante avec force.

* Plan rapproché sur Ilsa (Ingrid Bergman), assise, immobile, bouleversée. Derrière elle, deux gendarmes, debout, chantent.

* Plan rapproché face sur Laszlo (Paul Henreid). Le poing serré, il chante.

* Plan serré sur Ilsa, les larmes aux yeux, le regard vers son mari.

* Plan large de la salle.

* Plan large d'une autre partie de la salle. Des gens chantent, lançant leur poing en avant pour exprimer leur colère et leur détermination.

* Plan rapproché sur les cuivres de l'orchestre. Tourné vers l'assemblée, Laszlo chante. La Marseillaise s'achève sous un tonnerre d'applaudissements.

* Plan serré sur Yvonne, les larmes aux yeux.

* Yvonne s'écriant : Vive la France ! (off, les gens applaudissent)

Le film est un succès immédiat, il obtient trois Oscars . Meilleur réalisateur pour Michael Curtiz, meilleur film pour le producteur Hal. B. Wallis, meilleur scénario pour les frères Epstein et Howard Koch. Aucun acteur n'est récompensé.

Son couple bat de l'aile, la reine des cancans d'Hollywood, Louella Parksons, lui prête une liaison avec Charlie Chaplin.

La guerre finie, elle divorce, retourne en France et dégote un rôle dans Les Chouans où elle interprète une espionne au grand coeur qui succombe dans les bras de Jean Marais, après quoi elle enchaîne des petits rôles avec Guitry, Carné, Hunebelle, Borderie, Boisrond (La Parisienne, avec Bardot, où elle retrouve Charles Boyer) et Fellini. Mariée une seconde fois avec un riche industriel, elle le plaque et part à Rome en 1966 avec Tullio Pinelli, intellectuel et scénariste réputé qu'elle a connu sur le tournage de Huit et demi. Il a été nommé aux Oscars pour I Vitelloni (1953), La Strada (1954) La Dolce Vita (1960) et justement Huit et demi (1963). Elle fait une courte carrière en Italie qu'elle ne quittera qu'à la mort de Tullio, en 2009 pour s'installer à Estepona, en Andalousie (où elle a précédemment tourné avec José-Luis Madrid et l'Argentin Klimovsky), rompant définitivement avec un métier qui ne lui a jamais fait la place qu'elle méritait.

Elle y décède le 1er mai 2016, dernière survivante de l'équipe du film Casablanca.

Toute la presse espagnole en a fait l'éloge, résumé ici :

"Madeleine Lebeau, actriz recordada por su papel en « Casablanca » y por su agitada biografía, falleció el 1 de mayo en la ciudad española donde residía desde hace décadas, Estepona. Ella dio vida a Yvonne, la joven que grita « Vive la France ! Vive la liberté ! » para desafiar al nazismo en una de las escenas más recordadas del filme".

Audrey Azoulay, alors ministre de la Culture, déclara que "son visage restera à jamais celui de la Résistance". Bigre ! 35 mm. de résistance dans un Casablanca de pellicule. Hommage lui est rendu ici. Tonnerre d'applaudissements.

© Tito Topin

www.titotopin.com

 

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