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Tito Topin, blog-trotteur.

NOIRS SONT LES NUAGES DU COLORADO.

L'automne arrive, le ciel se couvre. Le sujet de la semaine sera donc le nuage. Rien n'est plus doux qu'un nuage. Il vous effleure, vous caresse. C'est une mousseline, un voile de déesse antique, un froufroutement de plumes, de la dentelle de bigoudène. Dans le thé d'une vieille Anglaise de Downton Abbey, il se résume à une goutte de lait. À cloud of milk, please, Nestor, demande Lady Crawley, la mère de Lord Grantham. Django Reinhart en a fait une délicate mélodie de jazz. Luke Howard, le célèbre joueur de football gaélique dont on se souvient encore, a été le premier à lui donner des noms latins à douce consonance. Cumulus, nimbus (comme le professeur chauve dessiné par André Daix), cirrus, stratus, intortus, et tuttus quantus. Cumulé, nimbé ou straté, il peut à la moindre contrariété se charger d'électricité, rugir, noircir jusqu'à imiter un Polonais dans une toile de Soulages. C'est alors qu'il fait peur. Il gronde, enfle, emplit le ciel et tonne. C'est un vacarme d'apocalypse. Trente, quarante, cent tonnes de pluie et de grêle tombent alors sur le sol avec la force d'un marteau-pilon. Les roseaux plient, les chênes rompent, les boues dévalent les flancs des montagnes, une vague emporte deux pêcheurs à la ligne qu'on retrouve dans un arbre, une rivière en furie charrie une caravane remplie d'Allemandes en maillot de bain à fleurs, une carmélite coiffée de sa cornette échappe à la noyade en chevauchant une croix de bois, un livreur de pizza est englouti en essayant de sauver une quatre-fromages. Terrifié, Benjamin Franklin invente le paratonnerre, Martin Vollard, de Calais, invente le parapluie et la baleine qui va avec. Rien n'y fait. Luke Howard shoote dans un ballon, se jette à genoux, se fait quaker, s'habille de noir et se coiffe d'un tricorne en prenant une voix fluette. André Daix efface le professeur Nimbus d'un trait de gomme, lâche ses crayons et s'enfuit au Paraguay. Son fils y découvre les vertus de l'écorce de quinquina, il en fait un apéritif fébrifuge et recommande d'en prendre au moins deux verres avant les trois principaux repas. Ça calme le ciel, éloigne le paludisme et repose les esprits, écrit Levy-Strauss. Le nouveau breuvage fait fureur partout où les nuages ne sont plus que douceur. Donald Trump, après y avoir ajouté une dose de Four Roses, menace de le taxer.

© Tito Topin

www.titotopin.com

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