Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Tito Topin, blog-trotteur.

LE TEMPS DES CHRYSANTHÈMES.

Les chrysanthèmes sont en avance cette année, nous dit La Provence, elles annoncent la Toussaint. Rien n'est plus émouvant, plus solennel que le charmant cimetière qui borde nos villages, ceint de murets moussus, ponctués de croix comme celles que tracent les analphabètes au bas de leur feuille de sécu. Il impose par le silence de ses occupants, le prestige de ses granits remarquables de noirceur, ses gras angelots de pierre tendre, ses marbres délicats, ses dallages couchés à même le sol, ses bouquets de fleurs en céramique, ses portraits émaillés de parents disparus, ses allées tracées au cordeau, parfait quadrillage de stèles identiques émergeant de pelouses impeccables, fraîchement tondues, sans la moindre mauvaise herbe. Hélas, c'était avant qu'une loi de janvier 2 017 interdise "l'utilisation des produits phytosanitaires pour l'entretien des espaces publics, forêts, promenades, voiries accessibles ou ouverts au public". Du coup, une vigoureuse poussée de mauvaises herbes a profité de la loi, après les pluies et les chaleurs de l'été. Les espaces verts sont devenus trop verts, chardons, pissenlits, plantains, chanvres, chiendents, herbes à cochon ont essaimé entre les dalles, fleuri entre les marbres, occultant le nom des défunts, les déclarations d'amour éternels, les témoignages de fidélité tels que "A Gastounet, la pétanque reconnaissante", ou "Souvenir de la 2e Légion étrangère, hasta la muerte !" ou encore "Bon débarras, ton Nono". Les familles, les visiteurs se plaignent, ils dénoncent l'impuissance des services municipaux face à cette invasion d'herbacées peu compatible avec la dignité des lieux. En Espagne, on a repéré une invasion de cannabis dans certains cimetières, nous apprend L'Obs. Les graines se seraient échappées de camions en provenance du nord du Maroc, des germes surgissent de partout profitant de l'azote des corps en décomposition, les visiteurs sont victimes d'un irrésistible fou-rire conduisant à des crises répétées de cannabinoïdie. Les réseaux sociaux s'enflamment, les pétitions se multiplient, les partis politiques se déchirent.

Privés de glyphosate et de ses dérivés, les jardiniers déposent leurs tabliers. Ils ne peuvent arracher les mauvaises herbes à main nue, ni passer la débroussailleuse entre les dalles trop proches les unes des autres, ni les asperger de vinaigre chaud au risque d'en répandre sur des défunts qui s'en trouveraient incommodés. Que faire ?

Surtout, ne pas imiter le sénateur républicain de l'Oregon, John K. Crossfield, dont l'épouse est Executive Vice President and Chief Financial Officer de Monsanto, et qui donne en exemple la bonne tenue du cimetière national d'Arlington où trèfles et artichauts sauvages sont bannis grâce aux désherbants de synthèse. Aucun des locataires du lieu ne s'est plaint, dit-il en engageant les Français qui se rendent aux États-Unis à le visiter pour s'en convaincre. C'est un bel et vrai cimetière, ajoute le sénateur avec l'émerveillement d'un enfant qui s'amuse à arracher les ailes d'une mouche. Et il affirme que le président Donald Trump propose d'y admettre, malgré ses origines latines, la dépouille du général Franco que les Espagnols veulent virer de son Mémorial pour l'enterrer dans un cimetière à cannabis.

© Tito Topin

www.titotopin.com

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article