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Tito Topin, blog-trotteur.

La maison où je suis né...

Devant la maison, la 203 de mon oncle, et moi, petit, à droite...

Je suis né au numéro 104 de l’avenue d’Amade, dans la maison de mes grands-parents, sous le signe des Poissons, il y a longtemps, paraît-il. Pour ceux qui ne connaissent que le Casablanca des soixante-dix dernières années, elle était située entre le glacier Oliveri qui existe toujours et le parc Lyautey, aujourd’hui appelé parc de la Ligue Arabe tandis que mon avenue est devenue Hassan II. C’est ma grand-mère qui avait voulu cette maison. Elle l’avait fait construire au milieu des années vingt avec les premières économies du couple et de l’argent emprunté à ses parents. Au rez-de-chaussée se trouvaient deux appartements, l’atelier du plombier Stagliano et le garage de Maroc-Express où étaient entreposés les cars de mon grand-père qui faisait la ligne Casa-Tanger avant qu’un monopole français spolie tous ces transporteurs qui avaient été des pionniers à l’époque de la conquête et dont quelques-uns y avaient laissé leur peau. A l’étage, trois appartements, dont celui de mes grands-parents et celui des Balibrea, des Espagnols qui faisaient le commerce de nioras. Au-dessus, une grande terrasse avec une buanderie. On y faisait bouillir le linge dans une lessiveuse sur un feu de bois avec du blanc d’Espagne pour donner de l’éclat aux draps. Le linge était frotté sur une planche à laver avec un gros savon artisanal fait d’huile d’olive et de soude caustique avant d’être étalé au vent, plein soleil. Les locataires avaient leur jour de lessive. Nous, c’était le jeudi.
Mon grand-père est mort en juillet 1939. Il n’a pas vu la guerre. Avec la paix revenue, peu à peu les locataires se sont équipés avec les lave-linge en provenance d’Amérique. La buanderie s’est libérée. J’y ai installé ma première agence de publicité. Publicasso. Un nom qui claquait bien à l'oreille. La référence à la modernité était immédiate grâce au peintre et s'y ajoutait l'idée de publicitaires associés. Du sérieux. À l’exception près que j’étais seul. Publicitaire associé à moi-même. J'y faisais tout, je balayais, je dessinais, je secrétarisais, je slogannisais. C'était  sommaire mais confortable, avec un lit d’une place pour la sieste quand la chaleur était excessive et que le travail pouvait être remis au lendemain, ou bien pour recevoir une amie venue me dire bonjour. Et puis est venue l’indépendance du pays et je suis parti. Brésil. France.
 Dans les années soixante-dix la maison de ma grand-mère a été expropriée et rasée pour permettre à l’avenue de doubler sa largeur. Quand je retournais à Casablanca, j’expliquais que j’étais né sur la ligne blanche qui séparait l’avenue en deux. Et puis il y a quelques années est arrivé le tram, c’est la mode, et l’endroit où je suis né est maintenant sous les rails ce qui expliquerait pourquoi je porte des appareils auditifs.

 

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claude Muraz 05/05/2019 21:21

je me souviens de ta piaule sur la terrasse, indépendance enviée par les copains , un mini "penthouse " tu es peut-être à l'origine de cette mode .... j'aimerais de temps en temps échanger quelques propos hautement philosophiques , peux-tu me faire un petit mail , j'ai perdu ton adresse , pour je ne sais pas quelle raison . Amicalement Claude