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Tito Topin, blog-trotteur.

Brasserie du Théâtre XXXVIII

Fin de matinée. Transparence du ciel. Froid hivernal. L'homme qui pénètre dans la brasserie d'un pas inégal retire son imperméable, la démarche incertaine. Ses vêtements ont été élégants, de qualité. Propres mais fatigués, usés. Son veston pendouille, son pantalon brille aux genoux, le col de sa chemise rebique. Ses cheveux grisonnent, raides et longs, coiffés en arrière et ramassés par un catogan. Il porte une serviette sous le bras, la poignée cassée, le cuir avachi. Il s'assoit lourdement sur la banquette, le regard perdu dans de lointaines réflexions.

"C'est Germain Mayotte, me souffle la serveuse avec son accent de là-haut. Il vient tous les mardis à ch't'heure-là".

Germain Mayotte ? Je n'en reviens pas J'ai tout lu de lui. Gang de nuit. Nécropolice. L'amante religieuse. Les diables ne dansent pas la valse, le dernier Renaudot. Je me demande comment l'aborder quand son téléphone sonne. Les quatre premières notes de la musique du Parrain. Nino Rota. Il porte vivement l'appareil à son oreille et peu à peu son visage s'anime, sa silhouette se redresse. Il raccroche, manque de laisser tomber son téléphone en l'empochant, reprend sa serviette, son imper et s'empresse vers la sortie sans même l'enfiler en lâchant quelque chose à la serveuse que je n'entends pas.

"Sa chienne a fait des petits, m'explique-t-elle en apportant mon café."

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