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Tito Topin, blog-trotteur.

Brasserie du Théâtre. XLVIII

Assise à la table voisine, une grosse femme à la chevelure teinte en rouge, les yeux fermés, les mains plantées sur ses cuisses légèrement ouvertes, prend le soleil. Elle parle à mi-voix à son compagnon, aussi solide qu'elle, barbu, crâne rasé sous une casquette militaire, blouson d'une armée inconnue, bermuda bariolé, mollets tatoués, sandales Birkenstock. Il ne l'écoute pas, il baille. Passe en direction de la gare un immense Africain vêtu de la tête aux pieds d'un boubou indigo, coiffé d'une haute chechia rouge. Il marche sans bruit, imposant d'allure, un attaché-case à la main, un bras levé devant lui comme s'il tenait un lion en laisse. Le gros barbu donne des coups de coude à sa compagne pour partager le spectacle avec elle. Elle interrompt son soliloque, ouvre les yeux et les referme aussitôt. Deux femmes chapeautées, habillées comme en hiver, le teint gris nuage, passent de table en table pour proposer en marmonnant des prospectus contenant la parole de Dieu. Sur le trottoir d'en face, assis à la limite d'un fast-food suédois promettant sur sa devanture la bienvenue aux végétariens, un vieil SDF se tient courbé, penché sur le côté, la tête reposant dans la paume d'une main, l'autre main tenant une laisse en corde au bout de laquelle est recroquevillé sur lui-même un chien jaune. Un sac informe git à ses pieds. Je distingue mal le miséreux, le soleil l'enveloppe d'un brouillard lumineux. Je me dis qu'il doit dormir, qu'il va tomber tête en avant, qu'il faudrait l'aider lorsqu'il éclate de rire et qu'un éclat métallique me fait comprendre qu'il téléphone. Un bus s'arrête dans la circulation et le dissimule à mes yeux. La grosse femme aux cheveux teints en rouge et son compagnon font un signe au chauffeur et montent dedans. Un jour d'avril comme un autre. Il est annoncé de la pluie pour la fin de la semaine.

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