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Tito Topin, blog-trotteur.

Le sport m'emmerde.

Le sport m'emmerde. À ma décharge, je dois dire que petit, j'avais un prof de gym dont le dada était de nous faire grimper à la corde. Il en pendait de partout dans le gymnase, des grosses, poilues, râpeuses. Il fallait les enserrer entre les chevilles et les genoux et s'élever à la force des poignets. Si l'homme descendait du singe, je ne voyais pas pourquoi il me fallait remonter jusqu'à lui. Ni pourquoi je devais rentrer chez moi par le balcon alors que messieurs Otis et Pifre, assistés de messieurs Roux et Combaluzier, avaient inventé l'ascenseur ? Malgré mon jeune âge je savais que l'école avait pour devoir de m'apprendre des choses indispensables à la vie, calculer, parler correctement le français, situer Lons-le-Saunier sur une carte Michelin, étudier la sexualité du criquet voyageur, connaître la rivalité qui opposait en alexandrins le corbeau et le renard pour la possession d'une boîte de camembert, mais pourquoi faire courir si aucun flic me poursuivait ? Pourquoi lancer le javelot alors que je pouvais me débarrasser d'un gêneur avec une arme automatique ? Jouer au ballon uniquement avec les pieds et la tête alors que la nature m'avait doté de cinq doigts à chaque main ? Le lancer dans une espèce de corbeille à papier juchée trop haut pour ma taille ? Autant de questions qui me faisaient douter de l'utilité du sport. Et comme je n'arrivais pas à grimper à cette foutue corde, j'étais puni et devais écrire cent fois "demain, je monterai à la corde lisse". Lisse, mon cul, c'était de la paille de fer ! J'ai haï le sport, la gym, l'effort, le muscle, tout ce qui sue tout ce qui pue et dans la foulée la discipline, la sélection, la compétition, les performances, les médailles, le lion en peluche qu'on file dans les pattes du vainqueur de l'étape, la lutte finale et la Marseillaise qui abreuve nos sillons en braillant au garde à vous. Toutefois, faute d'activités culturelles dans le beau pays où nous vivions, certains de mes meilleurs amis faisaient du sport pour s'occuper, du basket, du water-polo, du volley, de l'aviron pendant que je draguais leurs nanas. Aujourd'hui, ceux qui ont survécu aux aléas de la vie ont subi quatre ou cinq échanges standards de la hanche, du genou, du coccyx, des carpes et des métatarses, de la rate et de l'épigastre et continuent à s'entraîner derrière des déambulateurs garantis inox, c'est dire combien le sport intoxique. À un journaliste qui s'étonnait de sa forme à un âge avancé, Churchill, entre deux bouffées de cigare, a répondu "No sport !" Je l'aimais bien, ce type, malgré son chapeau melon. Le sport m'emmerde.

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